L’écrivain face à la censure de l’homosexualité
Analyse 2025 – Philippe Artois
Historien de formation et militant LGBTQIA+ depuis 2003, Philippe Artois est coordinateur du service éducation permanente de Tels Quels ASBL. Il poursuit actuellement un master de spécialisation en études de genre.
I. Introduction : Les luttes contemporaines et les échos du passé
« L’histoire ne se répète pas, mais elle bégaie. » Cette citation de Mark Twain semble plus que jamais pertinente à l’heure où les communautés LGBTQIA+ sont confrontées à une recrudescence des attaques contre leur liberté d’expression et leur visibilité. Si, aux XIXe et XXe siècles, des écrivains comme Georges Eekhoud ont payé le prix fort pour avoir osé aborder l’homosexualité dans leurs œuvres, la censure contre les personnes queer reste un combat toujours d’actualité. Au-delà de la mémoire historique, la répression des minorités sexuelles et de genre, sous forme de lois et de décisions politiques, est aujourd’hui bien réelle.
Aux États-Unis, l’adoption de lois visant à interdire les performances drag, comme le Drag Ban, ou encore la censure de livres LGBTQIA+ dans les écoles publiques, témoignent d’une offensive conservatrice contre l’expression des identités de genre et des sexualités minoritaires. Ces politiques ont pour objectif de limiter la visibilité des personnes queer dans les espaces publics et éducatifs, et de redéfinir ce qui est acceptable dans le domaine de la culture. Cette dynamique rappelle tragiquement des événements du passé, et plus particulièrement l’histoire de Georges Eekhoud, écrivain belge du XIXe siècle, qui a été poursuivi en 1900 pour « outrage aux bonnes mœurs » à cause de son roman Escal-Vigor. À une époque où l’homosexualité était perçue comme un vice immoral, Georges Eekhoud a courageusement décidé de défier cette norme, et son livre a payé le prix de cette audace en étant jugé comme une menace pour la société.
En résonance avec ces événements, il est frappant de constater que l’histoire littéraire, comme le procès d’Eekhoud, fait écho aux préoccupations actuelles des communautés LGBTQIA+. La censure, qu’elle soit législative ou sociale, a toujours existé en réaction à des expressions jugées « indécentes » ou « immorales ». Aujourd’hui encore, les personnes queer et leurs allié·es se battent pour conserver une liberté de parole, de création et de représentation qui leur est trop souvent refusée. En retraçant l’histoire de Georges Eekhoud, de son œuvre Escal-Vigor et du procès qu’il a subi, nous pouvons non seulement rendre hommage à un écrivain pionnier, mais aussi mieux comprendre l’importance des luttes contemporaines pour la reconnaissance et la représentation des minorités sexuelles et de genre.
Ce parallèle entre le passé et le présent n’est pas anodin : il nous invite à réfléchir à la manière dont les formes de censure se répercutent sur les vies et les voix queer à travers les générations, et à la manière dont ces luttes peuvent (et doivent) s’articuler dans l’espace public d’aujourd’hui.
II. Georges Eekhoud : Une voix marginale dans la Belgique conservatrice du XIXe siècle
- Contexte historique et social de la Belgique à la fin du XIXe siècle
La Belgique de la fin du XIXe siècle est une société profondément marquée par des valeurs conservatrices et religieuses. L’homosexualité y est largement taboue et considérée comme un vice contre nature. À cette époque, l’Église catholique, dominante, joue un rôle central dans la régulation de la moralité publique et privée. Les principes de l’ordre moral sont strictement appliqués à travers la législation et les mœurs. Toute déviance par rapport à ces normes, notamment en ce qui concerne les pratiques sexuelles, est non seulement réprimée socialement, mais aussi juridiquement.
Les libertés individuelles sont réduites au strict minimum, et l’espace public est régi par une certaine bienséance morale. Dans ce climat étouffant, l’homosexualité, perçue comme une menace à la structure de la famille traditionnelle, est un sujet rarement abordé, et lorsqu’il est abordé, c’est souvent dans une optique de réprobation. Pourtant, des écrivains et artistes, comme Georges Eekhoud, parviennent à braver ces interdits sociaux et à introduire des thèmes de sexualité minoritaire dans leurs œuvres.
C’est dans ce contexte que naît Georges Eekhoud en 1854, un auteur belge qui se distingue par son engagement littéraire et social. Loin de se conformer aux attentes de son époque, il choisit de décrire des réalités marginalisées, dont celles de l’homosexualité, et d’explorer les complexités de l’identité sexuelle à travers ses personnages. Si son œuvre a, à l’époque, choqué les consciences, elle est aujourd’hui reconnue comme un précurseur dans la représentation des minorités sexuelles dans la littérature belge et francophone.
- Présentation de Georges Eekhoud
Georges Eekhoud naît dans une famille bourgeoise d’Anvers et fait ses études dans des établissements religieux, où il est confronté à une éducation rigide. Cependant, dès son jeune âge, il montre un goût prononcé pour la littérature et les arts. Après des études dans le domaine des arts, Eekhoud commence à publier des poèmes, des nouvelles, puis des romans. Sa carrière littéraire prend un tournant décisif avec la publication, en 1899, de Escal-Vigor, un roman qui fait le lien entre la littérature de la fin du XIXe siècle et une forme de transgression sociale, tant sur le plan esthétique que moral.
Le roman raconte l’histoire de la relation entre deux hommes, ce qui était un sujet tabou et potentiellement dangereux à l’époque. Eekhoud y décrit non seulement une relation amoureuse homosexuelle, mais aussi une réflexion sur la société et ses normes oppressives. Les personnages d’Escal-Vigor sont des individus en marge, à la fois à la recherche de l’amour et de la liberté personnelle, et leur parcours, marqué par l’incompréhension et l’hostilité sociale, est un témoignage du traitement réservé aux personnes homosexuelles dans la société belge de l’époque.
En dépit de son talent et de sa contribution importante à la littérature belge, l’œuvre d’Eekhoud se heurte à une forte censure. Escal-Vigor est perçu par une partie de la critique et de la société comme une provocation. L’auteur fait face à des critiques acerbes et à des tentatives d’interdiction de son livre, ce qui culmine en 1900 avec son procès pour « outrage aux bonnes mœurs ».
Ce procès constitue un point tournant dans l’histoire de l’écrivain et de la littérature homosexuelle, car il marque la fin de l’émergence de cette forme d’expression dans le cadre d’une littérature belge respectée. Bien que le procès ne mène pas à une condamnation sévère (Eekhoud échappe à la prison mais doit payer une amende), il symbolise l’état d’esprit de l’époque et la résistance d’un auteur à se plier à la norme morale.
L’œuvre de Georges Eekhoud, souvent occultée par l’histoire littéraire officielle, mérite une redécouverte. Elle nous offre non seulement un témoignage poignant sur la répression de l’homosexualité dans la Belgique du XIXe siècle, mais aussi une réflexion sur l’importance de la liberté d’expression et de la représentation des minorités sexuelles dans la culture et la littérature.
III. Le procès de 1900 : Censure et répression
- Le procès de Georges Eekhoud
Le 7 mai 1900, Georges Eekhoud se retrouve au tribunal de Bruges, accusé d’outrage aux bonnes mœurs en raison de son roman Escal-Vigor. Cette œuvre, qui décrit une relation amoureuse entre deux hommes, a été perçue comme une menace pour l’ordre moral, en particulier dans un contexte belge où l’homosexualité était un sujet largement ignoré ou réprimé par la société. L’accusation repose sur la transgression de l’inacceptable : l’homosexualité, qui, selon les normes de l’époque, ne devait pas être mise en lumière, encore moins célébrée.
L’affaire, qui devient un événement médiatique, prend des proportions importantes dans le débat public. Le tribunal de Bruges se voit ainsi chargé de juger non seulement l’œuvre d’Eekhoud, mais aussi la question plus large de la liberté d’expression dans la littérature. Bien que l’auteur n’ait pas explicitement voulu faire de son roman une œuvre de propagande militante pour les droits des personnes homosexuelles, il est clair que Escal-Vigor défie ouvertement les codes de la moralité publique.
L’écrivain, plutôt que de se rétracter ou de se défendre en invoquant des excuses, défend son œuvre avec une grande conviction. Dans sa plaidoirie, Eekhoud insiste sur le caractère littéraire et artistique de son ouvrage, soulignant qu’il ne s’agissait pas d’une œuvre immoraliste, mais d’une exploration des complexités de l’âme humaine et des relations interpersonnelles. Son argument repose sur la distinction fondamentale entre l’art et la morale, et sur le droit inaliénable d’un écrivain à explorer des sujets jugés sensibles par la société. Eekhoud refuse ainsi de se soumettre aux pressions sociales et culturelles, incarnant une forme de résistance intellectuelle à la répression.
Finalement, après une série de débats et de confrontations judiciaires, le tribunal condamne Georges Eekhoud à une amende. Cette condamnation, bien que moins sévère qu’une peine de prison, porte un coup à l’écrivain, car elle marque une exclusion officielle de son œuvre de l’espace littéraire respectable de l’époque. En dépit de cette défaite judiciaire, la répression qu’il subit ne l’empêche pas de continuer à écrire et à s’engager dans des discussions sur la liberté individuelle et les droits des minorités.
- Analyse de la censure et de ses implications
Le procès d’Eekhoud ne représente pas simplement une réaction judiciaire à une œuvre jugée immorale, mais aussi un reflet des tensions sociales de l’époque. La Belgique, encore largement influencée par une moralité catholique et conservatrice, voit dans Escal-Vigor non seulement une provocation littéraire mais une remise en question de la structure sociale elle-même. La censure exercée contre Eekhoud, comme d’autres censures de l’époque, repose sur un double objectif : maintenir un ordre moral rigide et réprimer toute forme de dissidence.
L’argument central avancé par les autorités judiciaires repose sur l’idée que l’exposition de l’homosexualité dans la littérature est une menace pour la société, car elle pourrait mener à une perversion des mœurs et à la « corruption » de l’âme publique. Le procès d’Eekhoud illustre donc une peur profondément enracinée : celle de l’influence corruptrice de l’art et de la littérature sur la moralité publique. Mais au-delà de l’indignation qu’a pu susciter son roman, ce procès soulève des questions bien plus larges sur la liberté d’expression et la fonction sociale de la littérature. Si un écrivain n’est pas libre de décrire la diversité des expériences humaines sans risquer une répression légale, quel est alors le rôle de la littérature dans la société ?
Ce qui est frappant dans le procès de Georges Eekhoud, c’est l’argument que l’écrivain avance : l’art, selon lui, doit être libre de représenter toutes les facettes de l’existence humaine, y compris celles qui, pour des raisons sociales ou morales, sont rejetées. Cette vision de l’art comme un moyen d’expression libre et non soumis aux dictats moraux de l’époque est en soi une forme de résistance contre la censure. De plus, l’argument de l’écrivain fait écho à une critique plus large du puritanisme et de l’hypocrisie sociales, qui, en cherchant à contrôler l’expression, finissent par étouffer la diversité des voix et des expériences.
Le procès d’Eekhoud ouvre également la voie à une réflexion sur l’évolution de la censure littéraire. Si les condamnations d’écrivains comme lui étaient courantes à l’époque, elles restent un symbole fort de l’autoritarisme et de l’homophobie qui ont longtemps structuré les relations entre l’art, la culture et le pouvoir judiciaire. À travers cette répression, l’État cherche à maintenir une norme sociale, mais cette norme se heurte à la liberté individuelle de création et à l’affirmation de nouvelles identités.
De nos jours, bien que les lois sur la censure aient évolué, les luttes pour la liberté d’expression et pour la visibilité des identités queer dans la littérature et dans l’espace public continuent d’être d’actualité. Le procès de Georges Eekhoud, bien qu’appartenant à une époque révolue, trouve des résonances dans les combats contemporains, notamment face à la montée de la censure des œuvres queer ou des représentations de la diversité sexuelle dans certaines sociétés.
IV. Répercussions du procès et résonances contemporaines : De l’histoire à la lutte actuelle pour la visibilité queer
- Les répercussions immédiates sur la carrière d’Eekhoud
Suite à son procès, la carrière de Georges Eekhoud connaît un tournant dramatique. Bien que l’amende qu’il doit payer soit relativement modeste et qu’il échappe à une peine de prison, l’impact social de ce jugement est considérable. Le fait que l’œuvre soit condamnée pour « outrage aux bonnes mœurs » entraîne une mise à l’écart de son travail du domaine littéraire respecté. La censure opérée par le tribunal de Bruges marque une rupture dans la reconnaissance officielle de son œuvre, et Escal-Vigor, ainsi que d’autres écrits sur des thèmes similaires, sont relégués dans une sorte d’oubli public. La répression de l’homosexualité dans la société belge de l’époque impose à Eekhoud une double marginalisation : celle du sexe et celle de son art.
La condamnation de Escal-Vigor renforce le caractère subversif de l’écrivain, mais elle contribue aussi à isoler son œuvre dans un contexte où les écrivains et artistes qui abordaient l’homosexualité étaient systématiquement ostracisés ou réprimés. Ce jugement a empêché Georges Eekhoud de connaître la reconnaissance qu’il méritait de son vivant, et sa place dans le canon littéraire belge a été largement occultée durant des décennies.
Cependant, le procès d’Eekhoud n’a pas réussi à faire taire son message. Son œuvre a traversé les décennies et a commencé à être redécouverte au XXe siècle, à une époque où la question de l’homosexualité et des droits des minorités sexuelles est devenue plus pressante. Aujourd’hui, Escal-Vigor et la lutte qu’Eekhoud a menée pour sa liberté d’expression sont perçus comme des éléments essentiels du patrimoine littéraire belge et européen, faisant de lui une figure pionnière dans la représentation des relations homosexuelles dans la littérature.
- Les résonances contemporaines : Le combat pour la visibilité queer aujourd’hui
Le procès de Georges Eekhoud, et plus largement la répression littéraire qu’il a subie, résonne de manière particulièrement forte dans le contexte actuel, où la question de la visibilité queer dans les espaces publics et médiatiques demeure un terrain de lutte. Dans de nombreux pays, des lois, des décisions politiques et des actions sociales visent à restreindre l’expression des identités de genre et des sexualités minoritaires.
Aux États-Unis, les « Drag Bans » constituent un exemple frappant de cette censure contemporaine. Des législations récentes interdisent les performances drag dans certains États, les qualifiant de « détournement des valeurs familiales » ou de « menace pour les enfants ». De même, de plus en plus de livres qui traitent de thèmes LGBTQIA+ sont retirés des bibliothèques scolaires et publiques sous prétexte qu’ils « corrompent » les jeunes esprits. Cette forme de censure n’est pas sans rappeler la condamnation d’Eekhoud, dans la mesure où elle repose sur la même logique : l’effort pour effacer de l’espace public les représentations de l’homosexualité, jugées subversives ou immorales.
Il est important de noter que ces attaques ne se limitent pas aux États-Unis, mais qu’elles se manifestent également dans certains pays européens où les droits des personnes LGBTQIA+ sont menacés par des politiques conservatrices. Les débats autour de la « liberté d’expression » et de la « protection des mœurs » rappellent la même dialectique qu’en Belgique à la fin du XIXe siècle : les valeurs morales conservatrices cherchent à imposer un cadre normatif qui exclut les voix dissidentes.
Pour les communautés queer, ces développements contemporains sont vécus comme une tentative de retour en arrière. Toutefois, tout comme Georges Eekhoud a persisté dans sa vision artistique, les personnes queer d’aujourd’hui continuent de lutter pour la reconnaissance et la représentation de leurs identités. Les festivals de drag, les livres LGBTQIA+ et les œuvres d’art qui abordent des questions de genre et de sexualité demeurent des espaces d’affirmation et de résistance face à cette forme de censure sociale.
Dans ce contexte, les œuvres de Georges Eekhoud, ainsi que les luttes qu’il a incarnées, résonnent comme une source d’inspiration. Elles rappellent que la liberté d’expression et la visibilité queer ont toujours été fragiles et qu’il est nécessaire de continuer à défendre ces droits, à la fois dans la sphère juridique et dans les pratiques culturelles.
- La pertinence de Georges Eekhoud dans les luttes actuelles pour les droits des personnes queer
Georges Eekhoud est aujourd’hui perçu comme une figure historique essentielle dans la lutte pour les droits des personnes homosexuelles et queer, en Belgique comme ailleurs. Son procès, bien qu’ayant eu lieu il y a plus d’un siècle, trouve des échos dans les luttes actuelles pour la liberté d’expression, la diversité sexuelle et de genre, et contre les tentatives de répression législative et sociale.
En redécouvrant son œuvre et en rendant hommage à son courage face à la censure, nous rappelons que les avancées en matière de droits des personnes LGBTQIA+ sont loin d’être acquises. La répression, même sous des formes plus subtiles et légales qu’autrefois, demeure une menace réelle, et l’engagement d’écrivains comme Georges Eekhoud pour défendre la liberté d’expression et la dignité humaine est toujours d’une actualité brûlante.
L’histoire d’Eekhoud nous enseigne également l’importance de la mémoire. À une époque où les droits des minorités sont régulièrement remis en question, il est crucial de se souvenir des luttes passées pour en tirer des leçons et des inspirations pour l’avenir. La défense de la liberté d’expression, l’affirmation des identités queer et la lutte contre la censure font partie intégrante des combats qui doivent être menés avec vigueur et solidarité.
V. Conclusion : Georges Eekhoud, précurseur de la visibilité queer et de la liberté d’expression
- Une œuvre visionnaire face à la censure : Georges Eekhoud comme pionnier
Georges Eekhoud est l’un des premiers écrivains belges à avoir osé aborder ouvertement des sujets liés à l’homosexualité et à la diversité sexuelle dans ses écrits. Bien que son œuvre ait été largement ignorée ou marginalisée pendant de nombreuses années, son engagement en faveur de la liberté d’expression et sa représentation des relations homosexuelles dans Escal-Vigor en font une figure de proue de la littérature queer en Belgique et au-delà. À une époque où l’homosexualité était taboue et réprimée, Eekhoud a courageusement posé les bases de la représentation littéraire de l’amour entre personnes du même sexe.
Son procès de 1900, bien qu’une épreuve douloureuse, est aujourd’hui perçu comme un moment charnière dans l’histoire de la censure et de la répression des minorités sexuelles. Il incarne le combat pour la liberté d’expression face à la pression sociale et morale. L’écrivain, loin de se soumettre à la norme, a insisté sur la nécessité d’une littérature libre, capable de représenter les réalités humaines les plus complexes, quelles qu’elles soient. Ce faisant, il a pavé la voie à d’autres auteurs et artistes qui, des décennies plus tard, continueront à lutter pour faire entendre la voix des personnes queer.
En redécouvrant son œuvre aujourd’hui, nous prenons conscience de la prévoyance de son message : la lutte pour la reconnaissance de la diversité sexuelle et la liberté artistique est un combat qui traverse les siècles et qui reste d’une actualité brûlante.
- Les enjeux contemporains : De la censure de l’homosexualité à la visibilité queer
À l’heure où la visibilité queer est encore menacée, tant dans la littérature que dans les espaces publics, l’histoire de Georges Eekhoud prend un sens tout particulier. Les législations répressives, comme celles qui interdisent les performances drag ou censurent les livres LGBTQIA+ aux États-Unis, sont des réminiscences de la répression que l’écrivain a subie. Bien que les contextes aient changé, les stratégies de contrôle de la représentation des sexualités minoritaires restent étonnamment similaires. La censure, sous différentes formes, continue de frapper celles et ceux qui osent questionner les normes établies.
Ainsi, le combat pour la liberté d’expression et la visibilité des personnes queer, que ce soit dans les livres, les films, les performances artistiques ou les discours publics, doit se poursuivre. L’œuvre de Georges Eekhoud, tout comme les luttes actuelles des communautés LGBTQIA+, rappelle que les espaces de visibilité ne sont jamais acquis, qu’ils doivent être défendus et protégés face aux forces qui cherchent à les effacer.
- L’héritage de Georges Eekhoud : Une invitation à poursuivre la lutte pour l’égalité
Georges Eekhoud nous laisse un héritage précieux, celui d’un écrivain qui a osé écrire l’impensable, à une époque où l’homosexualité était vue comme un crime, voire une maladie. Son œuvre est un acte de résistance, une affirmation de l’humanité dans sa diversité, et un appel à la tolérance et à la liberté d’expression. En réhabilitant aujourd’hui son œuvre et son combat, nous rendons hommage non seulement à un auteur, mais aussi à toutes les personnes qui, hier comme aujourd’hui, se battent pour leur droit à être vues et entendues dans la société.
Le procès d’Eekhoud, loin d’être une simple anecdote du passé, doit être compris comme un avertissement et un appel à la vigilance. Le droit à la liberté d’expression et à la visibilité ne doit jamais être pris pour acquis, et il appartient à chaque génération de protéger et d’élargir ces libertés, notamment pour les personnes les plus marginalisées. La lutte pour l’égalité, la reconnaissance des identités queer, et la défense des espaces de représentation restent plus que jamais des combats d’actualité.
Aujourd’hui, en revisitant l’œuvre de Georges Eekhoud et son engagement, nous poursuivons son combat pour un monde où la diversité sexuelle et de genre est non seulement acceptée, mais célébrée. La liberté d’expression, l’inclusivité et la défense des droits humains doivent continuer de guider nos actions, de manière à ce que les luttes du passé ne soient pas oubliées, mais qu’elles nourrissent un avenir plus juste et plus équitable pour toutes les personnes, sans distinction.
Bibliographie
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- Première réédition de l’œuvre emblématique de Georges Eekhoud, avec une préface analysant son impact dans la littérature belge et ses répercussions sociales.
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